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Mothers Without Borders : le droit de devenir mère, ou pas

Mis à jour le 24 mars 2026
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Dans son nouveau documentaire, Mothers Without Borders, Eve Simonet propose une exploration sensible et engagée de la maternité contemporaine, portée par des voix puissantes, des amitiés indéfectibles et une solidarité sans frontières. Son enquête l’a menée sur les routes de quatre pays européens, dont la Pologne. 

Donner la voix aux mères, c’est aussi mettre en avant ces moments où les droits des femmes, dont celui de choisir de devenir mère ou pas, vacillent. Dans certains pays, l’avortement est quasiment interdit, y compris en cas de malformation grave du fœtus. Au fil de ses rencontres, l’équipe de Eve Simonet a constaté que même lorsqu’il est légal, il est régulièrement refusé par les hôpitaux. La réalisatrice nous partage ses observations et le portrait de ces femmes à qui elle a tendu son micro, qui s’unissent pour défendre le droit à disposer de son corps. 

Vivre une maternité sous surveillance

« Dans certains pays, la maternité n’est pas seulement une expérience intime ou sociale : elle est un champ de surveillance. J’étais inquiète de filmer, de parler, de me situer dans un pays où les personnes LGBTQIA+ sont ouvertement stigmatisées, où certaines zones se sont déclarées « sans idéologie LGBT », où la famille est brandie comme une arme politique » confie Eve. 

Il n’est pas toujours évident d’aborder certains sujets. Souvent, il s’agit de ceux qui dérangent, au point d’en devenir tabous. Dès les premiers jours de tournage, la réalisatrice ressent une retenue dans les corps, les mots, les regards. 

« Ici, la grossesse, l’accouchement, les décisions médicales ne relèvent pas uniquement du soin : ils s’inscrivent dans un système de contrôle politique, religieux et médical où la peur transforme chaque grossesse en potentiel danger, chaque accouchement en épreuve, chaque décision en risque. » explique-t-elle.

Quand le corps des femmes devient un territoire politique

Dans ces pays où le droit à l’avortement a quasiment disparu, la réalisatrice observe un climat où la grossesse peut devenir une condamnation. Lorsqu’une femme n’a pas choisi de devenir mère. Lorsqu’une pathologie est diagnostiquée. Mais au-delà de la loi, ce sont ses effets concrets que Mothers Without Borders cherche à montrer : la manière dont elle infiltre les pratiques médicales, rigidifie le soin et installe la peur. 

« Depuis deux ans, avec Sarah, nous parcourons l’Europe pour ce film. Mothers Without Borders est né d’un dialogue intime entre deux amies, devenu peu à peu une enquête politique sur la maternité et la démocratie. Nous avons compris très tôt que la manière dont une société traite ses mères dit tout de son rapport aux corps, aux libertés, à la justice. » explique Eve Simonet.

Violence obstétricale et continuité du contrôle

Joanna Pietrusiewicz : documenter pour résister

Au fil de leur enquête, la route de Eve Simonet et Sarah a croisé celle de Joanna Pietrusiewicz, directrice de la fondation Rodzić po Ludzku, engagée dans le soutien des femmes victimes de violence obstétricale. Elles deviennent le symptôme systémique d’une société où le corps des femmes n’est pas considéré comme pleinement leur propriété.

Violence verbale, gestes non consentis, infantilisation, absence d’information : ces pratiques ne sont pas des dérapages isolés. Chaque semaine, Joanna reçoit les récits de ces femmes qui les ont vécues, et doivent désormais vivre avec les traumatismes qui en découlent.

« La violence obstétricale ne peut pas être dissociée du contexte politique. » selon la réalisatrice. 

Quand le silence devient politique

Selon Eve Simonet, Le témoignage de Marta Zarańska donne chair à cette réalité. Elle raconte un début de grossesse traumatique, marqué par le mépris et la dépossession. La jeune femme confie : « L’œuf non viable qui se développait dans mon ventre comptait plus aux yeux des médecins que ma propre vie. »

Selon la réalisatrice, « Filmer Marta, c’était filmer la rencontre entre hiérarchie médicale et idéologie conservatrice : le soin devient discipline, le silence devient une arme politique. ».

Survie et abandon institutionnel

Lorsque donner naissance peut tuer

La rencontre avec Małgorzata Puć a bouleversé profondément l’équipe de Eve Simonet. Survivante d’une grossesse à haut risque suivie d’un arrêt cardiaque, au moment de sa césarienne, qui lui a été caché par l’équipe médicale. L’existence de cet état suspendu, ces longues minutes où sont cœur a cessé de battre, elle l’a découvert seule, des années plus tard, en accédant à son dossier médical.

Avec elle, il ne s’agit plus de métaphore : « Donner naissance peut tuer, lorsque l’État restreint l’accès aux soins et criminalise certaines pratiques médicales, il décide implicitement quelles vies peuvent être mises en danger. » explique Eve.

Cette rencontre questionne fondamentalement le droit à accéder aux informations et à la vérité, à celle qui concerne le corps de ces femmes dont l’état de conscience est en suspens, lors d’une anesthésie.

Une éthique médicale sous pression

Lorsque le droit à disposer de son propre corps est restreint, par exemple lorsqu’il s’agit des conditions permettant de choisir de mettre un terme à une grossesse, l’écosystème médical lui-même est pris en étaux. Le témoignage du gynécologue Rafał Zadykowicz met cette réalité en lumière : la peur des poursuites judiciaires modifie les pratiques. Le soin se rigidifie, se déshumanise. Et la vie des femmes est mise en danger.

« Une vérité inconfortable émerge : un système de santé ne peut rester pleinement éthique dans un cadre politique autoritaire. » explique Eve.

Résister malgré la peur

Ce que le Mothers Without Borders capture aussi, ce sont des formes puissantes de résistance. Réseaux informels. Associations. Solidarités souterraines. Sororité.

Des femmes qui s’organisent, partagent des informations, sont contraintes de contourner la loi pour protéger leur santé et leur vie. « La maternité peut devenir un instrument de domination massive. Mais elle peut aussi être un point de départ pour une contestation profonde de l’ordre établi. »

Ce que la maternité révèle de la démocratie

Dans Mothers Without Borders, cette société où les droits des femmes sont restreints lorsqu’il s’agit de choisir de devenir mère ou pas n’est pas présenté comme une exception isolée, mais comme un avertissement.

Les droits reculent par étapes. Et ce sont toujours les mêmes corps qui servent de laboratoire. En tant que mère, Ève Simonet ressort ébranlée de cette étape de son enquête en Europe : « J’ai ressenti une colère immense, mais aussi une responsabilité. Celle de raconter. De transmettre. De ne pas détourner le regard. »

Filmer pour résister

La maternité, ici, n’est pas un thème intime. C’est finalement une question de pouvoir. Qui décide de la façon dont les femmes sont libres de disposer de leurs corps ? Comment les lois en matière de santé publique et parentalité permettent-elles d’identifier si une société va dans une direction, ou une autre ? Et quel est l’impact sur celles qui donnent naissance aux adultes de demain ?

« Mothers Without Borders n’est pas un film sur la souffrance pour la souffrance. C’est un film sur les rapports de pouvoir. Sur ce que les États font aux mères. Et sur ce que les mères, malgré tout, continuent de faire au monde. »

Filmer, dans ce contexte, devient un acte politique. Parce que lorsque la maternité est gouvernée, la documenter est déjà une forme de résistance, selon Eve Simonet.


Rendez-vous sur le site de on.suzane pour visionner le documentaire Mothers Without Borders !

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