• #Nos Actus

Mothers Without Borders : quand la maternité en France rime avec solitude

Mis à jour le 24 mars 2026
MWB-BLOG-ARTICLE-FRANCE_cover_3543cae8-22d4-4609-bace-9d1a5f10c066 - Mustela France - 1

« La France est mon pays. C’est ici que je vis, que j’ai donné naissance à mon fils, que je suis devenue mère. »

Pour la réalisatrice Eve Simonet, filmer la maternité en France n’est pas un choix neutre. C’est un retour à l’intime. Un face-à-face. Dans son nouveau documentaire, Mothers Without Borders, une exploration sensible et engagée de la maternité contemporaine, portée par des voix puissantes, des amitiés indéfectibles et une solidarité sans frontières, la France n’est pas une simple étape du voyage. Elle en est le point d’ancrage.

« Quand nous avons commencé Mothers Without Borders avec Sarah, ma meilleure amie, je savais que la France ne serait pas une simple étape parmi d’autres. Elle serait le fil rouge. Le point de départ. Le miroir le plus inconfortable aussi. Parce qu’on ne peut pas se regarder ailleurs sans, à un moment, se retourner vers ce que l’on connaît intimement. »

La maternité, Eve Simonet la filme depuis des années. Elle a réalisé Post-Partum en 2020, en pleine pandémie, puis Big Bang Baby, deux films nés dans l’urgence de lever le voile sur le silence et la réalité du postpartum, et produits avec le soutien de Mustela. Cinq ans plus tard, la réalisatrice est retournée filmer les mères françaises. Et le constat, dit-elle, est brutal : « rien n’a fondamentalement changé. »

La maternité en France : l’isolement des mères toujours d’actualité

En 2020, dans le silence du confinement, des milliers de femmes écrivent à la réalisatrice. Elles parlent de solitude, d’épuisement, de violences médicales, de dépression du post-partum, de la brutalité du retour à domicile après l’accouchement. «Elles parlaient aussi de honte, parce qu’on leur avait appris à se taire. » souligne Eve.

Cinq ans plus tard, la parole circule davantage. Le mot post-partum est désormais nommé, discuté, porté par la voix des femmes qui luttent à leur échelle pour faire changer les choses et le travail précieux des militantes et des collectifs. Mais derrière cette parole libérée, pour la réalisatrice, le constat est glaçant : rien n’a fondamentalement changé. « Les structures, elles, n’ont pas suivi. C’est peut-être ce qui est le plus difficile à accepter. Malgré les rapports, malgré les films, malgré les mobilisations, l’état des mères en France reste critique. » constate Eve. 

Pour elle, ce décalage entre discours et réalité crée une violence nouvelle : celle de l’espoir déçu. En France, donner naissance reste une expérience profondément inégalitaire. « En France, nous avons filmé ce que je connais trop bien. La solitude des jeunes parents, l’épuisement chronique, les violences institutionnelles et médicales qui continuent d’être minimisées, relativisées, normalisées. Donner naissance reste une épreuve profondément inégalitaire, marquée par la classe sociale, le statut administratif, la couleur de peau, l’orientation sexuelle, la situation conjugale. » explique-t-elle.

Être mère célibataire en France

Entre ses premiers films et aujourd’hui, la trajectoire personnelle d’Eve Simonet a évolué : elle est devenue mère célibataire.

« Les discriminations que je filmais de l’extérieur, je les ai vécues dans ma chair : la suspicion permanente, la culpabilisation, l’absence de relais. Être mère seule en France, c’est encore aujourd’hui être perçue comme un problème à gérer plutôt qu’une réalité à soutenir. Être mère queer, c’est devoir sans cesse expliquer, justifier, traduire sa famille à des institutions pensées pour un modèle unique. », précise la réalisatrice. 

Cette expérience transforme son regard : la caméra ne filme plus seulement une réalité sociale. Elle documente une violence systémique vécue, et de nombreuses ambivalences.

Le paradoxe de la maternité en France 

Dans Mothers Without Borders, la France apparaît comme un pays de contradictions. « Un pays qui se targue d’avoir l’un des meilleurs systèmes de santé au monde, mais qui laisse ses mères s’effondrer dans l’après-coup de la naissance. » explique Eve.

Un pays qui valorise la natalité dans les discours, mais qui ne met pas les moyens nécessaires pour accompagner celles qui donnent naissance. Un pays où la maternité reste largement pensée comme une affaire privée, presque domestique, alors qu’elle est un enjeu politique majeur. 

Paternité : une parentalité égalitaire encore théorique

Lors du tournage en France de Mothers Without Borders, Eve et Sarah ont rencontré Guigui Pop, humoriste et auteur, qui parle avec tendresse et intelligence de son expérience du congé paternité. Sa parole, précieuse, montre à quel point l’implication des pères reste fragile, dépendante de cadres légaux encore insuffisants et de normes sociales persistantes. 

« En France, le congé paternité a évolué, certes. Mais l’égalité réelle dans la parentalité reste un horizon lointain. Et ce sont encore les mères qui compensent. » précise Eve.

Le film donne également la parole à Lina et Jakob, parents de jumeaux. Ils racontent leur quotidien, leur tentative de construire une parentalité plus juste, plus partagée. 

« Leur témoignage dit à quel point même les couples les plus conscients, les plus engagés, se heurtent à un système qui ne facilite pas l’égalité mais la complique. Manque de solutions de garde, pression économique, fatigue extrême : l’organisation sociale actuelle continue de produire des déséquilibres structurels. » précise Eve. 

Un choc pour Jakob, Finlandais qui ne comprend pas ce système qui s’avère violent contre les pères qui souhaitent s’investir.

Quand les associations s’emparent du sujet de la parentalité

Au fil des rencontres, Eve Simonet et son équipe tendent également leur micro à l’association Parents Féministes, qui milite depuis des années pour une parentalité égalitaire et une éducation sans sexisme. 

« Leur combat est essentiel, mais il est aussi révélateur d’un angle mort politique : ce sont souvent les associations qui pallient les manquements de l’État. Elles soutiennent, accompagnent, informent, là où les politiques publiques échouent à protéger. » confie la réalisatrice.

Le Club Poussette : rompre avec l’isolement des mères en postpartum

Et puis il y a Le Club Poussette. Un projet associatif initié par Eve, presque par nécessité vitale, après être devenue mère. Aujourd’hui présent dans plus de 180 villes, le Club Poussette crée du lien, du soutien, de la sororité autour de la parentalité.

Pour Eve, le constat est là : « Ce réseau existe parce que le vide est immense. Parce que les mères ont besoin de se retrouver, de parler, de ne pas rester seules. Le succès du Club Poussette est à la fois une joie et un symptôme : si tant de femmes s’y reconnaissent, c’est bien que les réponses institutionnelles sont largement insuffisantes. ».

Rompre avec l’isolement des mères en postpartum devient dès lors une nécessité, un enjeu sociétal, qui rassemble et crée du lien entre ces femmes qui se posent parfois les mêmes questions, qui partagent de nombreux doutes, et qui peuvent enfin les verbaliser.

Le sujet de la maternité en France : une stagnation préoccupante

Entre 2020 et aujourd’hui, Eve Simonet observe une stagnation préoccupante : « La France a pris conscience du problème, mais elle n’a pas agi à la hauteur. »

Les conséquences sont lourdes :
•    santé mentale fragilisée
•    carrières freinées
•    autonomie financière réduite
•    violences obstétricales persistantes
•    post-partum toujours marginalisé dans les politiques de santé

La parentalité continue d’être un facteur majeur de précarisation pour les femmes.

Filmer la maternité en France pour inviter à la réflexion

Mothers Without Borders ne présente pas la France comme un contre-modèle absolu, mais comme un pays à la croisée des chemins. Un pays qui pourrait faire autrement, mais qui tarde à transformer les constats en actes. Et c’est peut-être ce qui est le plus marquant : savoir que les solutions existent, mais qu’elles ne sont pas mises en œuvre.

Si Mustela accompagne ce travail depuis le début, ce n’est pas anodin. Cette continuité dit quelque chose d’important : la nécessité de s’inscrire dans le temps long, de ne pas se contenter de campagnes ponctuelles, mais de soutenir une réflexion profonde sur la maternité, ses enjeux, ses impensés.

« Filmer la France aujourd’hui, après Post-Partum et Big Bang Baby, c’est mesurer le chemin parcouru… et surtout celui qui reste à faire. Mothers Without Borders est un film qui met en lumière la maternité à travers l’Europe, mais il est aussi un film profondément français dans ce qu’il révèle de nos contradictions. En France, comme ailleurs, le sort des mères raconte l’état de la démocratie. Et aujourd’hui, force est de constater que cette démocratie tient encore trop souvent sur l’épuisement silencieux des femmes. » souligne Eve.

Continuer à raconter la maternité en France, et au-delà

Pour la réalisatrice, filmer la maternité dans son propre pays n’a rien d’évident. C’est exposer les failles d’un système que l’on connaît intimement. C’est refuser de détourner le regard.

« Mais c’est une nécessité. Parce que raconter, encore et encore, n’est pas un échec. C’est une forme de résistance. Et tant que les mères continueront d’être invisibilisées, je continuerai de filmer. » conclut Eve Simonet. 


Rendez-vous sur le site de on.suzane pour visionner le documentaire Mothers Without Borders

Suggestion d'articles